Pourquoi se poser la question en tant qu’adulte ?

Longtemps exclus de la clinique psychologique, les adultes surdoués (ou HP, pour Haut Potentiel) sont de mieux en mieux compris et connus dans les consultations psychologiques et psychiatriques et les demandes de consultations autour de ces questions sont devenues nombreuses.

Pourtant, les confusions demeurent entre les mythes liés à l'intelligence et la réelle spécificité de fonctionnement de ces patients tant sur le plan cognitif qu'en termes de dynamique psychique. Aujourd'hui la clinique psychiatrique peine à faire des diagnostics différentiels avec des pathologies type borderline, bipolaire, voire schizoïde. Les errances diagnostiques sont nombreuses et les traitements souvent peu efficaces, laissant toute une frange d’adultes en errance et en souffrance.

Les travaux scientifiques récents confirment les différences à la fois fonctionnelles et structurelles de l'activité cérébrale des personnes surdouées, qui expliquent, en partie, les difficultés psychologiques, sociales, professionnelles, parfois lourdes qu'ils rencontrent.

Et si l’extrême intelligence créait une sensibilité exacerbée ? Et si elle pouvait aussi fragiliser et parfois faire souffrir ?

Être surdoué est une richesse. Mais c’est aussi une différence qui peut susciter un sentiment de décalage, une impression de ne jamais être vraiment à sa place.

Comment savoir si on est surdoué ? Comment alors mieux réussir sa vie ? Comment aller au bout de ses ressources ?

Mieux comprendre et réapprivoiser sa personnalité pour se sentir mieux avec soi et avec les autres. Pour se réaliser enfin.

Jeanne Siaud Facchin, « Trop intelligent pour être heureux- l’adulte surdoué » 

Ce qu’il faut retenir :

Sur le plan intellectuel : Être surdoué ne signifie pas seulement être quantitativement plus intelligent, mais penser avec une complexité et des modes d’activation cérébrale qualitativement différents. Les neurosciences confirment aujourd’hui de nombreuses spécificités sur les plans structurels comme fonctionnels du cerveau et de l’architecture cognitive des surdoués. Ce sont les formes spécifiques de son intelligence qui distinguent le surdoué. La perception, l’analyse, la compréhension, la de l’environnement sont significativement différentes et se distinguent de la norme. Ce sont ces particularités qui rendent parfois difficile son adaptation à l’environnement.

Sur le plan affectif : Être surdoué c’est aussi, et peut-être surtout, présenter des particularités dans la construction psychologique. L’ingérence affective est importante, un surdoué, le plus souvent, pense d’abord avec son cœur ! Souvent d’une très grande sensibilité, d’une forte réactivité émotionnelle, d’une intelligence du cœur puissante, l’adulte surdoué se ressent en décalage.

Une lucidité acérée sur les doubles plans intellectuel et affectif rend parfois difficile l’ajustement aux exigences de l’environnement. Et peut fragiliser son rapport au monde, aux autres et à lui-même… Les processus d’identification sont rendus plus difficiles, il ne se retrouve pas dans le fonctionnement des autres et peut éprouver un réel sentiment d’étrangeté. Les difficultés peuvent aussi apparaître dans la communication, il ne parle pas le même langage ni de la même chose; enfin, les difficultés peuvent se nicher dans l’expression émotionnelle, il donne une importance exacerbée à l’affectif… Ce n’est pas la différence qui fait souffrir, mais le sentiment de différence. Le sentiment du Vilain Petit Canard du conte d’Andersen qui ne sait pas encore qu’il est un magnifique cygne …

La souffrance psychologique est-elle alors inéluctable au surdoué ?

Non bien sûr, et bien sûr que non ! Les surdoués qui vont bien sont ceux qui ont eu la chance de grandir dans un environnement affectif stable et cohérent. Qui ont été compris dans leurs singularités dès leur plus jeune âge. Qui ont rencontré sur leur parcours des personnes qui leur ont permis d’exprimer leur talent. Et qui ont su ensuite faire leur route, affranchis de toute dépendance affective et intellectuelle. Car la base de leur personnalité est alors stable et l’image qu’ils ont d’eux-mêmes confiante et solide. Comme tous les autres diriez-vous? Oui, bien sûr. Mais chez le surdoué, tout est exacerbé. Ce qui est une broutille pour les autres peut devenir un cataclysme … ou une joie intense ! Tout a du sens, de la valeur, de l’importance, un monde aux mille contrastes ! C’est l’effet loupe du surdoué ! Rien n’échappe à leur lucidité acérée sur le monde et sur eux-mêmes … Ainsi seront les faces sombres et les faces lumineuses de ces personnalités singulières.

Aller consulter… une démarche difficile

L’intelligence engage de nombreux questionnements, alors le doute s’invite facilement. Et en premier lieu le doute sur soi, sur sa valeur personnelle, sur la légitimité de ses questionnements ou de sa souffrance… Comment se penser surdoué ?

Se retrouver face à un psychologue est souvent très difficile. La peur de se tromper, l’espoir ou la crainte du diagnostic, le sentiment d’imposture, la question de la légitimité de la démarche, la crainte du regard de l’autre, et toutes les représentations autour de ce terme de surdoué … Trouver la force de se confronter à soi-même est incroyablement courageux !

Pourquoi est-ce important de consulter quand les questions taraudent ?

La consultation permet de faire le point sur la situation actuelle, sur le parcours, sur le questionnement, sur les zones éclairées et les zones plus obscures, sur les fragilités et sur les forces, les ressources … Quelle histoire de vie ? Quelles difficultés passées et/ou actuelles ? Quelles questions aujourd’hui ? Quels projets ?…

La consultation est un espace où se poser, enfin, dans un cadre bienveillant et c’est déjà beaucoup et très rassurant. Être vraiment entendu. Sans jugement. Juste ce que l’on est, ce que l’on vit, là, juste là. Une première consultation est souvent thérapeutique, car elle permet de prendre du recul et de faire le point entre le vécu, les croyances et les représentations. Elle permet d’identifier les schémas de pensée qui sont devenus trop souvent des automatismes dans lesquels la pensée est piégée. Elle permet d’éclairer différemment sa situation, d’entrouvrir des perspectives, d’analyser différemment, de faire un pas de côté, d’entrevoir le début d’un autre chemin possible.  

Faire ou ne pas faire un bilan ?

Le bilan psychologique n’est pas une étape obligatoire. Pour certain il sera nécessaire, pour d’autres vraiment indispensables pour d’autres encore il sera au contraire très peu conseillé. L’adulte surdoué à la différence de l’enfant peut avoir un long chemin de souffrance derrière lui. Des schémas de pensée et des mécanismes de défense parfois très verrouillés. Trop endurcis ou trop écorchés, ces adultes peuvent vivre le bilan psychologique comme une confrontation douloureuse à leur pensée. La souffrance psychologique peut alors fortement inhiber voire déformer les performances quantitatives ce qui peut biaiser le diagnostic. Mais lorsque le doute est trop intense et la question trop lancinante, un bilan sera proposé.

Le bilan comporte toujours une échelle d’évaluation intellectuelle (WAIS) et une épreuve de personnalité afin d’avoir une visibilité complète. Les échelles intellectuelles permettent d’explorer le mode de fonctionnement cognitif et les procédures de pensée. Le QI n’est qu’un indice qui entre dans le diagnostic global, mais ne constitue jamais le seul élément diagnostic. À l’âge adulte, seules comptent l’expression et la nature de l’intelligence, toujours intriquées avec les aspects émotifs et sensibles de la personnalité. L’anxiété face à l’évaluation reste un facteur important du bilan que l’analyse clinique permet de neutraliser.

Avec les éléments du bilan, une « carte du territoire » se dessine et permettra au praticien d’avoir un avis éclairé pour aider l’adulte dans son développement personnel et d’envisager, ensemble, de nouvelles pistes à explorer.

L’objectif : trouver un chemin plus confortable, le sien, sur lequel continuer sa route.

Quel accompagnement pour l'adulte surdoué ?

La prise en charge de l’adulte surdoué, quand il est en souffrance, peut être multiforme. Ce qui est essentiel est d’intriquer cette dimension de la personnalité à la nature des difficultés que l’adulte traverse. Un accompagnement « éclairé » est essentiel, ne pas négliger cette haute intelligence dans la compréhension des difficultés de vie au risque d’emmener son patient dans des hypothèses diagnostiques et thérapeutiques qui ne pourraient l’aider ni retrouver son plein épanouissement de vivre et de penser !

La première étape : savoir qui on est pour savoir où on va, enclenche toute la dynamique de l’accompagnement thérapeutique. « Un voile s’est déchiré, est un témoignage fréquent, se comprendre, enfin !

Mieux décoder les spécificités de son fonctionnement et prendre le temps de revisiter son passé avec ces nouvelles données sont vraiment des moments forts en compréhension de soi, de son environnement et de ses événements de vie. Ce cheminement est également l’occasion de découvrir toutes ses ressources afin d’en percevoir et d’en ressentir l’incroyable présence et la disponibilité.

L’accompagnement des adultes surdoués peut se faire en individuel, mais aussi en groupe. Un groupe est vraiment un “accélérateur de particules” avec cet enrichissement du vécu et du fonctionnement de chacun en écho au sien propre. Tous les processus d’identification peuvent se réenclencher. Se sentir intégré, pareil, en harmonie, ne plus faire un effort constant d’adaptation, quel soulagement intense ! Les pratiques de pleine conscience, méditation laïque d’entraînement à la présence (mindfulness) sont elles aussi d’une richesse inouïe pour apprendre à se poser, à apaiser mental et émotion, à se relier profondément à soi, à se révéler dans toutes les dimensions de sa personnalité. Pour une liberté intérieure enfin retrouvée. C’est aujourd’hui l’accompagnement qui montre la plus grande efficacité pour les adultes surdoués, ceux qui sont en souffrance bien sûr, mais aussi pour ceux qui vont bien ! Optimiser ses ressources, ouvrir le champ des possibles, s’apprivoiser pleinement.
Vraiment.